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.Si tristesse reste mon destin. [Soren]
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.Si tristesse reste mon destin. [Soren]
Posté le 29.05.15 16:04 par Invité.

L'Aurore vient à peine de s'éveiller au-dessus du cimetière. Entre les croix, l'herbe luit de rosée, l'air est frais et les pierres dorment encore, emmitouflées dans une fine couverture de brume. Chanceuses. Nevare, lui, n'a pas eu le privilège de terminer sa nuit au chaud sous la couette ; arraché au sommeil bien avant l'heure, il n'a pu se résoudre à jouer les faux loirs sur le matelas et, l'âme troublée, il s'est habillé avant de sortir dans l'atmosphère bleuie d'une nouvelle journée. Depuis trois mois, il se rend de façon régulière au cimetière. C'est son rituel matinal, sa rencontre de l'aube et de la mort, comme un mauvais rêve dont il ne voudrait s'extraire. Il longe le Mur proche du Capitole, glisse sous le regard immobile de la déesse Terre et se faufile jusqu'aux rangées les plus éloignées, celles vers lesquelles personne ne va presque jamais. Il y règne un silence tranquille, comme si les esprits eux-mêmes n'osaient déranger. C'est là que l'on a inscrit son nom.

Vêtu d'un fin manteau bleu qui flotte dans son sillage, l'ancien facteur s'arrête devant ce bout de sépulture pour y lire ces quelques lettres qu'il connaît de cœur. Johann Questel. Pour qui l'ignore, il est difficile de croire qu'il s'agit d'une femme, soldat de surcroît ; c'est ainsi, elle avait toujours mis un point d'honneur à faire les choses différemment. Quitte à effacer le « e » final de son prénom, trop féminin sinon, et de s'inventer une ascendance chevaleresque en la personne de Jeanne d'Arc. Une idole du temps passé. Nevare ravale un sourire à cette pensée. Sa mère avait ce goût de la douce extravagance, d'un paisible brin de folie. Il se rappelle de tant de choses qu'il a du mal à concevoir que deux bouts blancs et une gravure suffisent à contenir ce que fut sa génitrice. C'en est presque insultant.
« Bonjour Maman. » Nulle réponse si ce n'est l'écho d'un salut, par-delà les nuages. Le garçon ôte son écharpe qu'il presse entre ses doigts glacés. Il se sent toujours un peu imbécile à parler dans le vide, à s'adresser à quelqu'un qui ne reviendra jamais en dépit de toute la magie de la Terre. Oui, cette Terre qu'on leur a demandé de ne pas haïr, cette Terre dont il avait tellement rêvé et à laquelle il s'était désormais dévoué. Curieuse ironie du sort. Mais c'est ce qu'elle aurait voulu ; depuis son foyer d'outre-tombe, elle l'encourage à continuer dans cette voie et à ne pas se laisser bouffer de chagrin et de rancœur. Alors il se met à lui raconter.

« Papa ne me reparle toujours pas après notre dispute. Il refuse que je parte en exploration parce que c'est trop dangereux, parce qu'il s'inquiète comme si j'étais encore un enfant. Je comprends qu'il ne veuille pas me perdre, mais tu ne pourrais pas lui dire, toi ? Pourtant, d'après Bel, il travaille sur une paire de bottes qui ne sont pas à sa pointure. C'est peut-être pour moi. Alors même s'il ne dit rien, il veut que je sois le mieux préparé possible ; le départ est prévu pour bientôt. J'espère qu'il dira au moins au revoir... » Au revoir, pas adieu. Il y a une tristesse infinie dans les adieux, tandis qu'une promesse de retour brille dans l'au revoir. Et parce qu'il sait qu'il reviendra toujours vers Alcyone, son foyer, sa mère patrie. Le vent acquiesce à cette décision tacite. Un vent qui lui apporte soudain des odeurs étrangères ; il n'est plus seul et cela l'étonne. Si tôt le matin ? Qui peut venir se recueillir, et surtout pour qui ? Nevare tourne la tête vers la silhouette, puis décrit un salut en l'inclinant. L'a-t-on écouté depuis le début ? Bah, qu'importe. Tout ceux qui sont entrés ici ont déjà abandonné tout espoir.
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Re: .Si tristesse reste mon destin. [Soren]
Posté le 30.05.15 11:51 par Invité.

Je crois que nous sommes tous encore sous le choc, même après trois mois. Nous avons vu tant de monde partir, proches comme de simples connaissances. Même si je peux remercier la déesse de ne pas avoir emporté mes parents loin de moi, j'ai quand même encore et toujours des regrets. Un préfet qui n'a même pas su sauver ses camarades... Certes, je n'aurais pas pu tous les sauver, mais bon ! D'ailleurs, je me souviens encore de ce Saphyr du nom de Sora Mèlebranche. Celui qui est venue sauver sa soeur au péril de sa vie. Je ne le connaissais pas nécessairement, mais je me souviendrais du regard de sa soeur. À la fois infiniment triste et remplis de haine. D'ailleurs, je me demande bien ce qu'elle fait en ce moment. Il n'y a pas d'inquiétude à avoir, elle saura allait de l'avant... Moi, par contre, on dirait que je fais du surplace.

Ce n'est pas ce cauchemar qui va arranger les choses d'ailleurs. Pourquoi a-t-il fallu que je vois sur une tombe mon propre prénom ? Peut-être qu'au final est-ce parce que je ne suis pas assez fort ou encore, que je n'ai pas de volonté. C'est en souhaitant rendre visite à mes amis décédés que je quittai la demeure familiale en direction du cimetière. En arrivant sur les lieux, je remarquai la présence d'un homme. Mon regard se posa sur sa silhouette avant jeter un coup d'oeil sur les autres tombes.

Je n'allais tout de même pas l'accoster alors qu'il est très certainement en train de se recueillir. Soupirant, mes pas me menèrent vers la tombe de Sebastian, un personne très cher à mes yeux. Cet amour de jeunesse qui malgré quelques moments de prises de bec était resté un bon ami. Il y avait aussi Ares que je devais aller voir. Ce coloc' qui adorait m'embêter parce que je devais être quelqu'un d'amusant pour lui. Plus je regardais les noms inscrits sur les pierres tombales, plus mon esprit replongea en arrière.

*Je devrais peut-être partir ailleurs afin d'oublier les choses... Mais suis-je réellement assez fort pour me défendre sur terre ? Je ne crois pas.*

Encore une fois, je me décourage lamentablement. À force de perdre confiance en moi-même, je risque de devenir une cible facile pour les mages noirs. Serait-ce une mauvaise chose ? Oula, c'est bizarre de se poser cette question, vu que c'est facile de dire que ce sont des méchants.
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Re: .Si tristesse reste mon destin. [Soren]
Posté le 30.05.15 22:43 par Invité.

Il a un peu froid, soudain. Comme si une brèche s'était ouverte en lui et que le vent s'y était engouffré, insidieux, pour le faire frissonner. C'est la Mort qui passe, dirait son grand-père. Elle passe et elle repasse, oui, mais jamais ne l'emporte avec elle ; il est encore trop vif, trop déterminé pour se laisser faucher comme une bête fleur des champs. Ce qui n'a pas l'air d'être le cas de ce garçon aux cheveux longs, d'une étonnante teinte bleutée, dont chaque pore de la peau semble dégager un chagrin infini. C'est logique, après tout. Rarement l'on a vu des foires s'installer dans les cimetières, et les personnes qui arpentent ces rangées de tombes n'ont jamais la fleur au fusil ou la gaieté au cœur. Néanmoins, l'inconnu est encore plus jeune que lui et Nevare ne peut s'empêcher de compatir – c'est une illusion de croire que si le trépas frappe tôt, nous oublierons plus vite. Lui aussi, songe-t-il, a fui le sommeil, à moins que ce ne soit l'inverse, parce qu'il est sans doute rempli de cauchemars visqueux, couleur sang ou cendres, et que le seul moyen d'y échapper est de se maintenir éveillé. C'est peut-être pour cette raison que, depuis plus de trois mois, les Alcyoniens cultivent leurs cernes comme des trésors dont ils désespéreraient de se défaire.

Abandonnant sa mère silencieuse, l'ancien facteur rebrousse chemin. Il ne sait s'il doit sortir de ce terrain de ruines humaines ou y demeurer encore un instant. De toute manière, qu'est-ce qui l'attend au dehors ? Une existence au cordeau, dans une atmosphère de tensions, avec des spectres du passé qui rôdent sur ses épaules. Il n'a pas envie de réfléchir aux circonstances, de se mettre à penser à toutes ces choses qui sont perdues. Il n'a surtout pas envie d'espérer. C'est toujours douloureux, l'espoir. Parfois davantage que son antonyme.
« Mettez ceci. Il ne faudrait pas que vous attrapiez froid. » En douceur, l'ancien postier s'était approché de l'adolescent solitaire avant de lui tendre son écharpe. Le geste était sans doute futile, mais il signifiait bien plus à ce moment qu'une vaine tentative de réconfort. Les étoffes, les tissus liaient les gens parfois plus férocement que n'importe quel discours. Ils réchauffaient l'âme et le corps autant qu'un sourire ; le genre de sourire qu'il aurait été déplacé de présenter dans ce contexte.  Alors il ajoute, après avoir épousé les environs de son regard trouble : « Mes condoléances. » Une formule de circonstances, certes, mais véritablement sincère. Avoir perdu quelqu'un ou bien ne pas savoir si on le reverra un jour, voilà leur lien, leur écharpe.
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Re: .Si tristesse reste mon destin. [Soren]
Posté le 04.06.15 12:16 par Invité.

Je crois que j'étais parti ailleurs mentalement, car je ne peux m'empêcher de sursauter violemment lorsque l'inconnu prend la parole. Je ne l'avais même pas vu s'approcher de moi. Soren, tu commences à perdre ton attention sur ce qui t'entoure. Je me retourne donc vers la personne qui vient de parler. Penchant la tête sur le côté, je prends timidement son écharpe avant de la mettre autour de mon cou. Pourquoi avait-il fait un geste comme celui-ci ? Il aurait pu quitter le cimetière et me laisser seul. Enfin, je dis cela, mais je suis quand même content. Cela réchauffe mon coeur et il a certainement fait exprès pour que je me sente un peu mieux.

"Merci beaucoup euh..."

J'aurais bien aimé l'appeler par son prénom, mais je ne le connaissais pas donc cela m'était impossible. "Mes condoléances", des mots que j'avais entendu très souvent, mais que je jugé moins approprié que pour des personnes ayant perdu une personne de leur famille. Oui, on est triste lorsque des amis perdent la vie, mais est-ce comparable face à la douleur que l'on doit avoir si l'on perd son père, sa mère ou même son frère ?

"Mes condoléances."

Je marque une pause avant de reprendre.

"Nous avons tant perdu à ce moment-là que cela en deviendrait presque ironique. Personne n'a pas demandé de mourir, mais ils sont bel et bien ici, sous terre."

Je n'attends pas une réponse quelconque de l'homme. En fait, en disant ses paroles, c'était plus pour moi-même sauf que je venais de le dire à voix haute. Je finis par secouer la tête, afin de chasser mes pensées dans un recoin de ma tête et tente un petit sourire.

"Je m'appelle Soren Nobuyuki, un ancien élève de Secret Garden."

Je lui tend ma main afin de pour le saluer convenablement.
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Re: .Si tristesse reste mon destin. [Soren]
Posté le 05.06.15 17:39 par Invité.

Il est étrange, ce garçon, à le regarder comme si la moindre trace de gentillesse n'était plus censée exister en ce monde. À moins que ce ne soit Nevare qui ait oublié – on s'en serait douté – à quel point il est inhabituel de faire face à quelqu'un qui vous offre son écharpe sans vous connaître, avec une spontanéité de gamin et la sévérité d'un vieillard. Parce que le postier, c'est encore ce mélange bizarre entre une innocence d'enfant et une rigueur d'adulte, trop grave pour ses yeux bleus, empierrés par la perte de la première femme de sa vie et, probablement, sur certains bords, la dernière. Néanmoins, il arrive à glisser un sourire qui n'a rien de joyeux au moment de le remercier pour son attention rendue.
Et il l'écoute avec cette même attention qui est le propre de la tristesse ; le chagrin est amer et pousse les êtres à s'écouter davantage, comme s'ils se retrouvaient des points communs, une conscience de la mortalité, d'une finitude implacable qui les saisira un jour comme elle a déjà saisi leurs proches. Le brun se retient alors de serrer les poings à la mention de la « terre ». Il en avait tant rêvé et voilà qu'elle lui prend sa mère, telle une dette à payer, un échange équivalent. Mais il n'y voit aucun sens ; il a juste mal jusqu'au plus profond de son âme, sans que cette blessure ne paraisse signifier quelque chose. Le vide.

« Nevare Questel », se présente-t-il à son tour en serrant la main qu'on lui tend. Ils ont tous deux les doigts froids à cause de la température. Puis il ajoute, avec un cynisme palpable : « Ancien facteur. » Parfois, il se demande s'il n'aurait pas mieux fait de conserver son emploi ; après tout, ce n'est pas parce qu'ils étaient à Terre qu'il n'y avait plus besoin de lettres, que les gens ne s'envoyaient plus des colis remplis de bricoles et de cadeaux. Mais c'était trop dur de retourner dans un bureau de poste entièrement reconstruit et que certains de ses collègues avaient déserté, lorsqu'ils n'étaient pas tout simplement morts.
« Vous avez perdu l'un de vos proches ? » Un peu abrupt, l'interrogation. Et la douceur dont il l'enrobe ne suffirait pas à en atténuer la violence. « Au fond, même avec nos dons, nous restons des humains ordinaires. Nous sommes incapables de ramener quelqu'un à la vie. Ou ne serait-ce que le protéger... » Non, Nevare, ne laisse pas la morosité t'engluer. Résiste. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le au moins pour ce garçon esseulé qui a des bleus à l'âme à ne plus savoir les compter. « Alors vous avez quitté l'École ? Pourquoi ? » Il n'y a aucune stupeur, aucun jugement dans cette question. Juste un soupçon de curiosité, et l'envie de parler à un être bel et bien vivant.
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Re: .Si tristesse reste mon destin. [Soren]
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